TERROIRS & CÉPAGES
  • 19 OCTOBRE 2013
  • 9 min
  • 107 lectures

Les études derrière le Brunello di Montalcino

Dans une nation, l'Italie, qui produit du vin depuis environ 3 500 ans, le Brunello di Montalcino peut être considéré comme une invention moderne. Il ne s'agit pas en effet d'un vin produit en hommage aux traditions locales, mais c'est le fruit des études d'un seul vigneron, Ferruccio Biondi Santi...

Endris Tosi

par Endris Tosi
Sommelier de l'Italie du Nord

Les études derrière le Brunello di Montalcino

Dans une nation, l'Italie, qui produit du vin depuis environ 3 500 ans, le Brunello di Montalcino peut être considéré comme une invention moderne. Il ne s'agit pas en effet d'un vin produit en hommage aux traditions locales, mais c'est le fruit des études d'un seul vigneron, Ferruccio Biondi Santi. Vers 1870, Ferruccio Biondi Santi commença à propager dans ses vignes un clone de Sangiovese, appelé Brunello. Le jeune vigneron avait remarqué qu'une variété de Sangiovese – appelée « grosso » pour la distinguer de celle originaire du Chianti, qui avait des grappes plus petites – résistait davantage aux attaques de phylloxéra qui avaient tant ravagé les vignobles de la région. Finalement, Ferruccio Biondi Santi replanta complètement ses vignes et fut bientôt en mesure de produire avec satisfaction un vin issu d'un seul cépage. Mais il fit davantage : il rompit nettement avec les traditions locales – les Toscans, à l'époque, préféraient de loin les vins rouges jeunes, revigorés par la pratique du « governo », souvent même légèrement pétillants. Le Brunello était, et est encore aujourd'hui, soumis à un processus d'affinage d'au moins quatre ans en fûts de chêne, complété ensuite en bouteille où il développe au fil du temps ses précieuses qualités. Le Brunello commença à faire parler de lui à partir de 1880. La première grande millésime « officielle » du Brunello fut 1888, dont il existe encore cinq bouteilles, parfaitement intactes, attestant de sa grande longévité : avec le passage des années, il acquiert une fraîcheur toujours plus grande, une saveur plus veloutée, une plus grande harmonie et un parfum délicat et, en même temps, intense. Rappelons à ce propos une déclaration du Baron Luigi Ricasoli, homme politique et grand producteur toscan (c'est lui qui dicta le cahier des charges du Chianti), lorsqu'en 1930, il goûta du Brunello millésime 1888 : « Voilà, ça, je n'y arriverai pas », dit-il, décrétant ainsi la qualité et la longévité de ce vin exceptionnel. En 1988, le Centenaire de ce vin extraordinaire fut célébré en présence du Président de la République italienne, Francesco Cossiga.

Le territoire de production du vino Brunello di Montalcino, qui correspond à l'aire de la commune de Montalcino dans la province de Siena, se trouve en Toscane sud-orientale à 40 kilomètres au sud de la ville de Siena. Le territoire de production, qui a une superficie totale de 243,62 kilomètres carrés, est délimité par les vallées des trois fleuves Orcia, Asso et Ombrone, et prend une forme presque carrée, dont les côtés mesurent en moyenne 15 kilomètres.

La zone ainsi définie se développe en altitude depuis environ 120 mètres au-dessus du niveau de la mer le long des fleuves, jusqu'à environ 650 mètres au pied du Poggio Civitella qui est le point le plus élevé du territoire.

La colline de Montalcino possède de nombreux environnements pédologiques, s'étant formée à des ères géologiques différentes, attribuables à des grès, parfois mêlés à des calcaires, à l'alberese et au galestro, ainsi qu'à des terrains à granulométries mixtes parfois tendant vers le sableux, parfois vers l'argileux.

La colline de Montalcino est à 40 km à vol d'oiseau de la mer située à l'Ouest et à environ 100 km de la chaîne apennine qui traverse l'Italie Centrale, positionnée vers l'Est. Le climat est méditerranéen, mais globalement plutôt sec ; il présente également des caractéristiques continentales en raison de la position intermédiaire entre la mer et les montagnes de l'Apennin Central. Cela est démontré par les moyennes des précipitations et des températures relevées. Les précipitations sont concentrées dans les mois printaniers et automnaux, comme c'est le cas dans les climats méditerranéens, et la moyenne annuelle des précipitations est d'environ 700 millimètres. En hiver, au-dessus de 400 mètres, des chutes de neige sont possibles. La zone de colline moyenne n'est pas touchée par les brouillards, les gelées ou les gelées tardives, tandis que la présence fréquente de vent garantit les meilleures conditions pour l'état sanitaire des plantes. Durant toute la phase végétative, les températures sont principalement douces avec un nombre élevé de journées ensoleillées, caractéristique idéale pour assurer une maturation progressive et complète des grappes.

La vocation du territoire de Montalcino à produire des vins de grande qualité est connue depuis de nombreux siècles. Dès le Moyen Âge, les statuts communaux réglementaient la date de début des vendanges, tandis que lors du siège de 1553, le vin ne manqua jamais et Blaise de Montluc, à la défense des remparts montalcinais, pour dissimuler les souffrances « se rubéfiait le visage avec le vin robuste ». Selon le Bolonais Leandro Alberti (1550-1631), Montalcino est : « très renommée pour les bons vins que l'on tire de ces agréables collines. ». L'auditeur grand-ducal Bartolomeo Gherardini lors de sa visite à Montalcino en 1676-1677 signale la production de 6050 some de vin décrit comme « vin vigoureux, mais pas en grande quantité ». Charles Thompson en 1744 dit que « Montalcino n'est pas très célèbre sauf pour la qualité de ses vins ».

Le père précurseur de la production du vino Brunello di Montalcino fut certainement Clemente Santi. En 1869, son Vino Scelto (Brunello) de la vendange 1865 fut récompensé d'une médaille d'argent par le Comizio du district. En 1893, le Ministère de l'Agriculture récompense un vin de Raffaello Padelletti et au début du XXe siècle, le Brunello de Riccardo Paccagnini remporte de très nombreuses reconnaissances prestigieuses tant nationales (Esposizione Franco Italiana de Roma en 1910), qu'internationales (grand prix pour le Brunello 1894 et medaille d'or pour un vin de 1899).

Le professeur Martini de la Scuola di Viticoltura e Enologia di Conegliano Veneto, en 1885, lors d'une conférence sur « La richesse future de la province de Siena », souligne que le Senese « est désormais connu sur tous les marchés vinicoles nationaux et également sur les principaux marchés étrangers, pour divers types de vin parmi lesquels le Brunello di Montalcino ».

Les vicissitudes du début du XXe siècle conduisirent à un déclin de la production vitivinicole et très peu de producteurs maintinrent vivante la production montalcinaise entre les deux guerres. Le Brunello di Montalcino fut présenté par quelques entreprises à la Mostra dei Vini Tipici Senesi tenue à Siena en 1932, 1933 et 1935. Après la Seconde Guerre mondiale, on recommença à penser à la production vitivinicole et certains eurent la clairvoyance de se projeter dans l'avenir, en s'accordant sur les règles de production du Brunello di Montalcino.

Le Brunello di Montalcino est un vin visuellement limpide, brillant, de couleur rubis intense, tendant au grenat avec le vieillissement. Il a un parfum intense, persistant, ample et éthéré. On reconnaît des arômes de sous-bois, de bois aromatique, de petits fruits, de légère vanille et de confiture composée. En bouche, le vin a un corps élégant et harmonieux, de la vigueur et de la race, il est sec et avec une longue persistance aromatique.

De par ses caractéristiques, le Brunello di Montalcino supporte de longs vieillissements, s'améliorant avec le temps. Il a été vérifié qu'il peut se conserver, en fonction des caractéristiques des millésimes, pour un minimum de dix et jusqu'à trente ans, mais il peut être gardé en cave encore plus longtemps. Naturellement, il doit être conservé de la bonne façon : dans une cave fraîche, avec peu de lumière, à température constante, sans bruits ni odeurs ; les bouteilles couchées.

L'élégance et le corps harmonieux du vin permettent des accords avec des plats très structurés et composés tels que les viandes rouges, le gibier à plume et à poil, éventuellement accompagnés de champignons et de truffes. Il trouve également un accord optimal avec des plats de la cuisine internationale à base de viandes ou de sauces. Le Brunello est aussi un vin d'accord optimal avec les fromages : tome affinées et fromages structurés. De plus, de par ses caractéristiques, il est également agréable en tant que vin de méditation.

Le vino Brunello di Montalcino doit être servi dans des verres à la forme ample, afin d'en saisir l'arôme composé et harmonieux. Il devra être servi à une température d'environ 18°C-20°C.

La combinaison des facteurs naturels – sol et climat – avec les facteurs humains, définit l'interaction qui se manifeste dans les caractéristiques du vino Brunello di Montalcino.

La technique viticole a évolué et aujourd'hui les vignes plantées sont le résultat des connaissances acquises grâce aux observations et aux expérimentations réalisées au cours des dernières décennies. Les systèmes de taille et la culture du vignoble tiennent compte de l'environnement pédoclimatique et de la relative rareté des réserves hydriques durant la période estivale. Des travaux sont donc effectués dans le but de maintenir la réserve d'eau. En période automnale et de début de printemps, des travaux plus profonds sont réalisés pour favoriser la pénétration des eaux.

Les terrains globalement pauvres en matière organique, calcaires et avec une relative carence en eau, permettent au cépage Sangiovese de se développer avec une vigueur assez contenue et avec une production conséquemment limitée. Le climat influence également le cépage et son développement durant la phase végétative de la vigne, qui va de la mi-avril à la mi-septembre. Les pluies de la phase printanière sont utiles pour l'accumulation d'eau au niveau du système racinaire, utile à la plante pour bien développer la première phase de la végétation. Par la suite – durant les mois estivaux – la plante connaît un ralentissement végétatif progressif, les terrains tendant à perdre leurs réserves hydriques en raison de la relative faible pluviométrie. La période suivante, qui se développe en phase de fin d'été et de début d'automne, se présente plus fraîche. Durant la période de maturation des raisins, tant en raison de la position que des altitudes, des écarts thermiques jour-nuit significatifs sont observés.

Les caractéristiques des raisins obtenus sur le territoire sont la conséquence directe du comportement du cépage Sangiovese durant la phase végétative. La pauvreté des terrains, la relative carence en eau, la ventilation normalement active et le degré d'ensoleillement, permettent d'obtenir des raisins dans un état de maturation parfait et sains du point de vue phytosanitaire.

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