Korsic - Collio Bianco 2012 e Collio Rosso 2010
Il m'arrive souvent de consulter, pour des achats ou par curiosité, la liste ou plutôt la gamme des vins produits par un domaine, et je suis de plus en plus stupéfait par la quantité d'étiquettes que même les petites structures de production parviennent à sortir pour satisfaire le marché, cet étrange monstre qu'est le marché, capable de créer et de détruire en l'espace de quelques années des entreprises sans fondamentaux, sans une histoire et une planification adéquates.
La question me vient alors spontanément : « mais pour ceux qui ont moins de 10 hectares, la spécialisation ne serait-elle pas conseillée comme élément distinctif face à la concurrence ? Trois, disons cinq types de vins produits ne pourraient-ils pas représenter un bon compromis pour la lisibilité et la qualité dans un marché et une conjoncture économique de plus en plus cannibalisants ? »
Les Korsic ne sont pas nés en tant que famille productrice de vins à Giabrana, province de Gorizia, à cheval entre le Collio frioulan et la Brda slovène, mais ils y sont depuis plus de 150 ans, dans la restauration, actifs dans le secteur agricole et, pour les générations plus jeunes, dans le travail de plantation de vignes dans diverses régions d'Italie.
Les raisins étaient jusqu'à une dizaine d'années livrés à la coopérative voisine de San Floriano, puis est venu le choix d'embouteiller en propre la production des 7 hectares de vignoble, cultivés de manière naturelle et avec un interventionnisme minimal en cave.
Seulement deux vins au catalogue – que Dieu les en remercie – tous deux embouteillés dans la bouteille en verre classique du Collio aux épaules très carrées et au long col, cultivés à environ 170 m d'altitude, bénéficiant des brises chaudes de l'Adriatique et de la protection des Alpes Juliennes, ainsi que d'un sol composé de marnes et de grès stratifiés.
Le Collio Bianco est un assemblage de Friulano (50%), Ribolla Gialla (30%) et Chardonnay (20%), avec une fermentation contrôlée et des touches de macération sur peaux pour le Ribolla, le tout affiné en acier et en verre ; les assemblages sont un peu démodés, mais dans le Collio, ils ont une histoire et une signification – chaque cépage apporte au résultat final sa contribution sans dénaturer ni forcer l'ensemble.
Millésime 2012, couleur encore aujourd'hui paille aux reflets dorés, tout est délicat et murmuré, approche olfactive légère : aubépine, pêche blanche, ciboulette ; en bouche, l'entrée est chaude, servi autour de 10 °C on parvient à valoriser au mieux sa fraîcheur d'agrumes et sa sapidité calcaire. Ce n'est pas une gorgée complexe ou très nuancée, mais d'une harmonie désarmante ; belle persistance sur des sensations charnues de prune et de pêche jaune – il peut être un excellent compagnon d'apéritifs festifs ou pour un début de repas résolument délicat.
Le Collio Rosso, annata 2010, est un assemblage majoritairement de Merlot avec une soudure de 5 % de Cabernet Franc ; les vignes, comme pour les raisins à baies blanches, ont un âge moyen de 25 ans. L'assemblage peut faire froncer le nez aux puristes de la nouvelle vague du boire – tout en cépages autochtones et monocépage – mais je vous invite à essayer cette bouteille avec un esprit ouvert.
Rubis chatoyant d'une belle concentration chromatique mais d'une consistance dynamique, il présente au premier nez une végétalité vive et une fruitée fraîche : la racine de géranium et une marasca très acidulée émergent d'emblée, puis vire vers un balsamique prononcé et vers des fleurs déshydratées plutôt que vers des épices.
En bouche, comme pour le blanc, l'entrée est large mais en même temps fluide ; l'épine dorsale acide soutient admirablement la gorgée, malgré la soyeux des tanins assouplis par le passage en barriques usées. C'est un vin qui n'a pas la prétention d'être ni complexe ni persistant, mais d'épouser admirablement le quotidien de la table : c'est un rouge à boire à 17/18 °C le soir accompagné de charcuteries et de fromages à affinage moyen, mais aussi frais de cave à 15/16 °C lors d'un beau déjeuner en plein air, en accompagnant des pasta fresca au guanciale, pecorino, crema d'uovo e finocchietto selvatico.
La conclusion évidente, aussi simple soit-elle, est de pousser les forces des petits producteurs vers une spécialisation productive de qualité plutôt que vers une diversification des étiquettes dans la vaine poursuite d'un marché versatile !





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