J'ai eu la chance de recenser à plusieurs reprises la Riserva Inferi du Montepulciano d'Abruzzo de l'azienda Marramiero. Initialement les deux premières millésimes, remontant à la première moitié des années 90 du siècle dernier, le 1993 et le 1994. Dans ces circonstances j'ai commenté l'aptitude de ce vin à traverser le temps et la façon surprenante dont il évolue sur le plan organoleptique. Plus récemment, à l'occasion de l'avant-première du Montepulciano d'Abruzzo, j'ai dégusté l'Inferi Riserva 2013, très jeune et pas encore commercialisé.
Comme l'est en revanche le millésime 2012 de la Riserva Inferi, le vin que je vais tenter de vous raconter aujourd'hui. Les raisins proviennent des vignobles de l'azienda situés à 270 mètres d'altitude près de la Masseria Sant'Andrea di Rosciano dans la province de Pescara, entre la mer Adriatique et le Massiccio delle Maiella. Des raisins produits selon la pergola abruzzese, forme de conduite de la vigne qui réduit le rayonnement solaire sur les grappes, favorisant le développement des polyphénols et des arômes.
Ce système de conduite traditionnel n'a été maintenu que dans les vignes historiques remontant aux années 70 et plantées sur des terrains argileux, avec une exposition optimale au sud-est et une densité de 1600 pieds par hectare. Les plants, désormais en pleine maturité, disposent d'un système racinaire profond qui leur permet de surmonter les périodes de sécheresse les plus importantes et d'extraire du sol les substances minérales, les nutriments et l'eau nécessaires à la meilleure croissance des grappes. Les vignes plus jeunes sont en revanche conduites selon les formes classiques en espalier, comme le guyot et le cordone speronato, des systèmes de conduite qui offrent de meilleurs rendements lors des millésimes moins favorables. Le rendement global reste néanmoins faible, ne dépassant pas 70 quintaux par hectare, tandis que les vendanges sont typiquement tardives, fin octobre.
En cave, la longue fermentation sur les peaux s'effectue à température contrôlée et maintenue entre 25 et 30 °C, lors du développement de grandes quantités de dioxyde de carbone. Après le décuvage commence l'affinage, d'abord en acier pendant environ 18 mois, où s'effectue également la fermentation malolactique. La maturation se poursuit ensuite en bois français et de Slavonie de différentes capacités pendant encore 18 mois. Le vin est ensuite mis en bouteille où il se stabilise pendant au moins 6 mois avant d'être commercialisé.
Le millésime 2012 a été caractérisé par d'importantes chutes de neige hivernales qui ont garanti au sol des réserves hydriques consistantes. Ces événements ont été suivis de moments de froid printanier intense et d'une reprise de la croissance des raisins durant l'été. La maturation du Montepulciano, qui est un cépage typiquement tardif, a été favorisée par les pluies de début septembre et les journées particulièrement ensoleillées qui ont suivi. Ces conditions atmosphériques ont permis le parfait développement phénologique des raisins qui, à la vendange, présentaient une remarquable richesse en extraits, avec des sucres naturels dépassant les 20%. L'Inferi Riserva 2012 présente un degré alcoolique de 14° et une acidité de plus de 6 grammes/litre.
Passons donc à la dégustation.
Montepulciano d'Abruzzo Inferi Riserva 2012
Le vin présente dans le verre une belle couleur rubis sombre aux reflets grenat. L'intensité de la couleur témoigne de toute la richesse anthocyanique du raisin Montepulciano. En faisant tourner le verre, il forme des larmes très serrées, avec une larme qui descend lentement, signe de l'imposante structure du vin. Après l'avoir un peu oxygéné dans le verre, l'Inferi présente un spectre olfactif puissant et articulé. D'abord des senteurs de violette, puis des notes fruitées comme la prune mûre et la confiture de fruits des bois. Puis des notes qui laissent présager un début de tertiairisation comme le tabac, les épices de poivre, les clous de girofle et la cardamome, la graphite et des touches de réglisse. Il se termine par une longue finale balsamique d'eucalyptus. En bouche, le vin est sec, chaleureux, rond et enveloppant, avec un tannin d'une belle facture et une acidité remarquable, indice évident de grande jeunesse. La persistance gusto-olfactive de nature balsamique est très longue. Un vin tout juste prêt mais déjà presque en équilibre et harmonieux.
Un Montepulciano qui, pour montrer pleinement son étoffe, devra être attendu patiemment encore quelques années. Et qui ne manquera pas de continuer à surprendre et à émouvoir, tant nous sommes certains de ses capacités évolutives.





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