VINS BLANCS & ROSÉS
  • 22 FÉVRIER 2015
  • 8 min
  • 87 lectures

Huit Chardonnay Italiens en comparaison

En Italie, nous le savons tous, il existe des cépages très différents les uns des autres qui maintiennent leur typicité, reflétant le territoire dont ils sont issus avec des niveaux de qualité qui atteignent dans certains cas l'excellence. Ce sont des raisins souvent nés de v...

Antonello Baglioni

par Antonello Baglioni
Sommelier & Passionné

Huit Chardonnay Italiens en comparaison

En Italie, nous le savons tous, il existe des cépages très différents les uns des autres qui maintiennent leur typicité, reflétant le territoire dont ils sont issus avec des niveaux de qualité qui atteignent dans certains cas l'excellence. Ce sont des raisins souvent nés de vignes autochtones qui ont survécu à la dure attaque du phylloxéra et qui, redécouverts récemment avant leur extinction définitive, reviennent avec force parler de nos origines, redécouvrant ce bagage culturel riche en histoire mais surtout en saveurs et en arômes qui auraient autrement été perdus. Cependant, le redouté phylloxéra a favorisé l'introduction en Italie de cépages internationaux qui se sont bien acclimatés à nos latitudes, notamment grâce aux greffes réalisées sur des « pieds francs » de vigne américaine, bien plus résistante à ce terrible insecte que les vignes européennes. Un exemple presque évident est le cépage Chardonnay que l'on peut trouver dans presque toutes les régions viticoles de la planète, mais qui parvient toujours à procurer des émotions, parfois même de grandes émotions.

Comme le titre de cet article l'indique et après cette brève introduction, il décrira une dégustation, en ouvrant une parenthèse historique, basée sur des vins différents mais nés du même raisin : le Chardonnay. Il ne s'agit donc pas d'une description académique riche en termes techniques, mais plutôt d'un voyage du Nord au Sud de l'Italie, où ce cépage parvient à s'exprimer différemment tout en conservant (presque toujours) ses caractéristiques principales : finesse et élégance.

Le Chardonnay, selon certains chercheurs, est d'origine moyen-orientale, et selon d'autres, il est né d'un croisement entre Pinot Nero et Gouais blanc, un cépage d'origine slave utilisé pour assembler d'autres vins. Le Chardonnay a longtemps été confondu avec le Pinot bianco ; en effet, en France, après la « petite glaciation » de 1709, il y eut une reconstruction chaotique des vignobles où l'on trouvait des cépages tels que le Pinot nero, le Gouais et de nombreuses autres vignes sauvages, donnant naissance au siècle suivant à des croisements spontanés de vignes. En 1870, le premier recensement des raisins mentionnait Pinot Blanc, Aligoté, Gouais, Pineau Blanc ; ce n'est que plus tard que la véritable identité du Chardonnay fut découverte, né précisément d'un croisement spontané. Son nom dérive de Chardonnay, village éponyme du Maçonnais en Bourgogne, mais une autre théorie affirme que ce raisin provient de Jérusalem, où grâce à ses terres argileuses ce cépage pousse à merveille. Le mot Chardonnay a des origines hébraïques. Au retour du Moyen-Orient, les premiers croisés rapportaient du vin qu'ils appelaient « Porte de Die », traduction du nom hébreu « Shahar Adonay » qui signifie « la porte de Dieu ». En effet, Jérusalem était entourée de vignobles et l'on accédait à la ville sainte par des portes qui menaient toutes au temple de Dieu.

Commençons ce voyage depuis la Sicilia, la région et grande île la plus méridionale, où les températures plus douces ne sont pas tout à fait adaptées à ce raisin, mais qu'une entreprise comme Baglio del Cristo di Campobello à Licata, dans la province d'Agrigento, a su mettre en valeur.
Le vin en question s'appelle Laudàri, c'est un 2013 qui passe quatre mois en barriques et douze en bouteille.
Il se présente d'emblée très bien : la couleur jaune paille soutenue nous fait immédiatement penser à une belle évolution et à une belle structure, et au nez on trouve une complexité appréciable, donnée par des arômes qui rappellent la croûte de pain, les agrumes, le tilleul, la banane et une belle minéralité. En bouche, on retrouve la chaleur de la terre du Sud ; il glisse bien sur le palais même s'il ne répond pas tout à fait aux attentes du nez.

Nous remontons légèrement la Botte et avec le deuxième vin nous nous retrouvons dans le Salento, en Puglia.
L'azienda Cantele nous propose son Teresa Manara 2013 à 13,5 degrés, un produit qui, à mon avis, s'apprécie beaucoup en apéritif, accompagné de mets peu structurés, compte tenu de sa délicatesse annoncée par des arômes de fruits et de fleurs comme la mandarine, la banane verte, le jasmin et l'aubépine ; un vin de corps moyen, un Chardonnay différent.

Après les deux premières dégustations, nous atteignons les régions centrales et nous nous arrêtons dans le Lazio, dans l'azienda de Paolo e Noemi d'Amico qui nous propose non pas un mais deux vins issus de notre raisin en question, mais produits de manière différente. Les déguster à l'aveugle n'a pas été facile pour déterminer lequel avait été élevé en bois et lequel non, car le premier, l'IGT Lazio Chardonnay Falesia 2012, qui a eu un passage en bois, ne donnait pas l'impression d'un vin structuré avec les nuances vanillées typiques de cette catégorie, et malgré une finale douce rappelant le miel, on reconnaissait une bonne acidité et minéralité. En dégustant le second produit de la maison, le Calanchi di Vaiano 2012, on perçoit immédiatement la différence dès la couleur plus claire, un jaune paille qui ne vire absolument vers aucun reflet doré mais conserve parfaitement les caractéristiques de jeunesse, confirmées par la sensation légèrement carbonique en bouche, accompagnée d'une sapidité importante, ce qui dissipe tout doute quant à l'utilisation de l'acier plutôt que du fût.

En Toscana, nous nous laissons surprendre par la tenuta Capannelle di Gaiole in Chianti, dans la zone historique du Chianti Classico. James Sherwood (fondateur et actionnaire du groupe Orient-Express Hotels LTD) nous propose le Capannelle Chardonnay 2011 qui, avec ses treize degrés d'alcool, a les atouts pour être considéré comme un vin de niveau moyen-supérieur, bonne complexité et finesse, un éventail d'arômes assez large où, en plus des fleurs, des fruits et de la fraîcheur grillée, on reconnaît nettement des notes de quinquina et d'humus ; c'est assurément un vin doté de remarquables capacités de garde.

Le sixième vin provient de Castiglion del Lago, dans la province de Perugia, nous sommes donc en Umbria, dans l'azienda de Sabrina Morami qui nous présente son Cardissa 2013 Chardonnay, élevé six mois en bois et mis en bouteille uniquement en format magnum pour un total de 400 bouteilles par an ; c'est le vin qu'elle a voulu créer pour ses quarante ans, et dans la bouteille on retrouve de bonnes correspondances avec le variétal, même si avec une composante verte plus évidente, en harmonie avec des arômes d'herbes aromatiques qui poussent probablement en abondance dans cet environnement qui bénéficie de la proximité du Lago Trasimeno.

L'avant-dernier vin est haut-adigéen : nous sommes ici à Termeno et nous nous retrouvons soudainement à des latitudes plus fraîches, où les vignobles s'accrochent en pente raide aux Alpes et sont travaillés avec de grandes difficultés. ELENA WALCH possède cependant ses vignobles sur des versants pas trop extrêmes et bénéficie d'une excellente exposition au soleil qui garantit de bénéfiques amplitudes thermiques entre le jour et la nuit pour un parfait équilibre acido-sapide de ses vins. Nous avons dégusté le Cardellino 2013 qui nous montre immédiatement la netteté de ses arômes se succédant de manière séquentielle : les agrumes en premier lieu (pamplemousse), ananas, pomme golden (dont l'Alto Adige est riche), miel, herbes, beurre, amande amère. Très équilibré en bouche avec une longue persistance. L'image qui vient à l'esprit est celle d'un tiroir bien rangé avec chaque chose à sa place.

Le tour se termine avec un vin frioulan provenant du Collio et produit par l'azienda TOROS. Ce Chardonnay de 2007, bien que n'étant plus de prime jeunesse, rafraîchit les papilles par son acidité vive et une sapidité et minéralité très présentes, certainement un héritage des terrains calcaires du Friuli ; c'est donc un vin persistant en bouche, agréable et élégant qui procure des sensations d'agrumes comme le cédrat, le pamplemousse, le brou de noix et la nèfle.

Ce qui a été très intéressant dans cette dégustation, c'est de comprendre comment le territoire contribue à rendre unique un vin né du même cépage et surtout d'un raisin qui, lorsqu'on le connaît en profondeur, peut procurer des satisfactions infinies.

Ajoutez Wine at Wine à vos sources de confiance pour ne rien manquer.

Ajouter sur Google
Partager:

Notez cet article

0/5 (0 votes)

Qu'en penses-tu ?

Connectez-vous pour commenter

COMINCIAMO UNA CONVERSAZIONE!

Hai una cantina, un wine bar, un'enoteca, organizzi eventi o lavori nel mondo del vino? Oppure sei un appassionato con una storia da raccontare? Contattaci e scopriamo come creare valore insieme.

Contattaci