Nous revenons sur Terredora après la magnifique expérience vécue il y a quelques mois en cantina, à Serra di Montefusco, dans la province d'Avellino. À cette occasion, nous avons dégusté douze vins du domaine de millésimes qui ne sont plus en commerce, dont sept millésimes des trois différents Taurasi produits dans le domaine.
Et aujourd'hui nous allons justement parler d'un Taurasi qui n'est plus en commerce, précisément le Taurasi Fatica Contadina 2000, une bouteille que j'ai achetée quand je ne connaissais pas encore Paolo Mastroberardino, propriétaire et directeur du domaine. Un Taurasi que j'ai cette fois dégusté chez moi, lors d'un dîner avec des amis, en l'accompagnant d'une préparation à base de coniglio stufato, garni d'un accompagnement de melanzane e patate.
Terredora gère un vignoble d'environ 200 hectares, entièrement situés en Irpinia et cultivés avec les principaux cépages campaniens comme l'Aglianico, le Fiano, le Greco ou la Falanghina. Le domaine vinifie directement ses propres raisins depuis plus de vingt ans et produit et distribue aujourd'hui plus d'un million de bouteilles.
Le Taurasi est élaboré exclusivement avec des raisins Aglianico et ceux qui concourent à la production du Fatica Contadina proviennent des vignes en propriété situées à Lapio et Montemilletto. Les terrains d'origine argilo-calcaire, aux anciennes origines volcaniques, se caractérisent par d'importantes pentes, facteur déterminant pour la qualité du produit final. Ces versants favorisent en effet le meilleur ensoleillement, qui permet la parfaite maturation des raisins, ainsi qu'une bonne ventilation, qui réduit l'humidité et inhibe, entre autres, la formation de moisissures. Les pentes empêchent également la stagnation de l'eau, favorisant ainsi le stress hydrique, avec une contribution favorable en termes de dépôt de polyphénols sur les peaux du raisin. Les fortes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit, ainsi qu'entre les saisons, permettent enfin le meilleur développement des arômes. Des caractéristiques que l'on retrouvera ensuite dans le vin.
Mais passons justement au vin, qui, comme dit, est élaboré avec des raisins Aglianico en pureté. Après une sélection minutieuse des raisins, il vinifie avec macération sur les peaux pendant 10-12 jours. Après le décuvage suit la fermentation malolactique, phase essentielle pour adoucir les exubérantes duretés de l'Aglianico. Une fois les fermentations alcoolique et malolactique achevées, le vin mûrit pendant 18 mois en barriques de chêne français, pour poursuivre l'affinage en fûts de chêne de Slavonie de 35 hectolitres pendant 12 mois supplémentaires, puis encore en bouteille pendant 10-12 mois avant d'entrer en commerce. Cette bouteille dont nous parlons est restée dans ma cave encore de nombreuses années avant d'être débouchée.
Après une attente d'environ une heure, qui a servi à permettre une certaine oxygénation, le vin m'a immédiatement frappé par la nette présence d'arômes fruités, pas si mûrs que cela : prune, cerise à l'eau-de-vie, griotte. À côté, bien sûr, de notes épicées sombres de poivre, mais aussi de noix de muscade. Puis, en rapide séquence, réglisse, tabac, et singuliers effluves d'herbes aromatiques, baies de genièvre. Un spectre olfactif aussi large que pénétrant pour un vin qui n'était qu'au début de sa phase de maturité. Mais la vraie surprise nous l'avons eue en bouche, avec un coup de fouet acide qui a rendu long, très long la finale, où les tannins étaient parfaitement intégrés dans la trame avec des retours nets et persistants de réglisse. Après le dîner, une heure et demie s'étant écoulée, le verre vide sentait encore le balsamique, avec de claires notes de menthe et d'eucalyptus.
J'ai probablement fait une erreur dans le choix du moment d'ouverture de la bouteille. J'ai manifestement été trop pressé... cette bouteille aurait dû être ouverte dans au moins 15 ans encore, dommage de ne pas en avoir une jumelle pour faire l'essai. Mais je dois admettre que même la déguster au début de sa période de tertiarisation des arômes, a été une très belle expérience.
Un vin qui confirme combien la longévité peut bien s'allier à l'excellente qualité que, grâce aux soins attentifs apportés à la vigne et en cantina, Terredora recherche constamment.





Qu'en penses-tu ?
Connectez-vous pour commenter