Mater Matuta est une ancienne divinité italique, déesse de l'Aurore, protectrice de la procréation et de la fertilité. La vénération de cette divinité était une pratique commune dans l'Italie centrale, au point qu'un temple lui fut dédié dans l'antique cité de Satricum, près de Le Ferriere, à proximité de Nettuno, à environ 50 km au sud de Rome. Dans la seconde moitié du siècle dernier, Dino Santarelli, fasciné par l'Agro Pontino, fonda le domaine vinicole Casale del Giglio, précisément à Le Ferriere, non loin de Satricum.
Ce territoire représentait, par rapport à d'autres zones du Latium et d'Italie, un environnement vierge du point de vue viticole, à explorer et où il était éventuellement possible d'expérimenter. Un territoire qui, avant les travaux d'assainissement entrepris il y a près d'un siècle, n'était qu'une étendue de marécages et de marais. L'absence d'un passé œnologique dans la zone devint ainsi le moteur déterminant vers l'innovation du domaine vinicole naissant. En 1985, le projet de recherche et développement Casale del Giglio fut lancé, autorisé par l'Assessorat à l'Agriculture de la Région Latium. Grâce à cette expérimentation, d'importants résultats furent atteints, parmi lesquels la plantation sur les terres du domaine d'une soixantaine de cépages expérimentaux différents.
Les modèles de viticulture qui ont inspiré ces recherches sont ceux pratiqués à Bordeaux, en Australie et en Californie, où les vignobles sont particulièrement exposés à l'influence de la mer. Tout comme l'Agro Pontino, qui bénéficie de l'influence de la Mar Tirreno. Selon la philosophie de Casale del Giglio, l'avenir de la viticulture et de l'œnologie ne réside pas uniquement dans la consolidation de l'image de certaines zones à grande tradition. Mais aussi dans l'obtention, grâce à des choix viticoles et œnologiques appropriés, de productions de haut niveau dans des territoires encore peu connus du point de vue de leur potentiel qualitatif, viticole et œnologique.
Les premiers résultats importants de ces recherches ont été validés par la Communauté Européenne avec l'autorisation de la culture dans la province de Latina, à partir de 1990, de nouveaux cépages recommandés tels que le Cabernet Sauvignon, le Chardonnay, le Petit Verdot, le Sauvignon, le Syrah, et par la suite d'autres encore. À ce jour, Casale del Giglio a procédé à la reconversion en rang de la totalité de ses 160 hectares de vignoble et à l'introduction de nouvelles variétés caractérisées par un haut degré d'interaction qualitative avec son terroir.
Les raisins rouges Syrah et, dans une moindre mesure, Petit Verdot, introduits grâce à l'expérimentation, entrent dans l'assemblage du Mater Matuta, le vin dont nous allons parler aujourd'hui et qui tire son nom de l'ancienne divinité de la région. Un vin qui représente désormais l'un des vins rouges du Latium les plus prestigieux, dans lequel Syrah et Petit Verdot trouvent une telle harmonie qu'elle suscite au nez et en bouche de très belles sensations.
Les raisins des deux variétés sont récoltés dans un excellent état de maturité, parfois avec un léger passerillage pour le Syrah. La vinification du Syrah s'effectue par fermentation avec des levures indigènes grâce à la technique du chapeau immergé pendant une période de 18 à 20 jours, au cours de laquelle des délestages périodiques sont réalisés, principalement dans les phases initiales. Ainsi le Syrah apporte au Mater Matuta complexité et caractère. Le Petit Verdot est quant à lui vinifié à l'aide de pigeurs qui permettent une extraction maximale des tannins et des autres substances polyphénoliques. On obtient ainsi un Petit Verdot de grande structure, qui se prête bien à de longs vieillissements.
Après un soutirage attentif, où la manipulation des marcs s'effectue uniquement par gravité, les vins sont placés séparément en barriques neuves pendant 22 à 24 mois. Ils sont ensuite assemblés, puis un affinage supplémentaire de 10 à 12 mois en bouteille vient compléter l'élevage.
Passons à présent à la dégustation du vin.
La couleur est d'un rubis impénétrable, légèrement grenat sur l'ongle, signe d'une tertiarisation encore en phase initiale. Très dense, il forme des larmes épaisses qui peinent à descendre le long des parois du verre. Le nez est ample, avec des notes florales de violette et des arômes fruités qui se succèdent harmonieusement. On perçoit des parfums de cerise et de prune en confiture, puis de marasca. Émergent ensuite des notes torréfiées de cacao et de café, un soupçon de tabac, des épices de poivre et de cannelle avec une finale balsamique. En bouche, on ressent la douceur glycérique accompagnée d'un tanin très fin. Une fraîcheur véhémente émerge alors, portant des notes de réglisse et balsamiques dans une finale très longue.
C'est un grand vin, assurément longiligne et à redéguster avec le temps. Excellent en accord avec des plats à base de gibier.





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