HISTOIRES DE VIN
  • 12 MAI 2014
  • 4 min
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La nuit avant les vendanges - Contest #StorieDiVino

Dédié à ceux qui aiment le vin et la terre qui le produit "Papa, tout ceci sera-t-il un jour à moi ?" mon père me regarda et répondit "tout ceci est déjà à toi." C'était fin août, le ciel de l'après-midi, teint de rouge, cédait la place à la nuit, le blan...

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par WineAtWine
Rédaction Wine at Wine

La nuit avant les vendanges - Contest #StorieDiVino

Dédié à ceux qui aiment le vin et la terre qui le produit

"Papa, tout ceci sera-t-il un jour à moi ?" mon père me regarda et répondit "tout ceci est déjà à toi."

C'était fin août, le ciel de l'après-midi, teint de rouge, cédait la place à la nuit, le blanc des cônes des trulli virait du rose à l'orange et la lune à l'est pointait son nez, elle aussi s'était habillée de rouge.

Avec mon père, nous marchions pieds nus entre les vignes chargées de raisins, prêtes pour les vendanges. La terre fine et impalpable caressait nos pieds et les enveloppait de sa chaleur agréable, la chaleur du jour était chassée par le vent frais de ponant et les vieux ceps de vigne semblaient se réjouir de cette fraîcheur.

Nous arrivâmes à la cantina en traversant le vignoble, mon père ouvrit le vieux portail du trullo avec la clé centenaire, qu'il portait au cou comme un bijou, le grincement de l'ouverture s'accompagna de l'odeur de chaux fraîche et d'eau de Javel qui s'échappait de la pièce. Oui ! Tout était prêt pour les vendanges.

La main de mon père glissa le long du mur jusqu'à trouver le vieux interrupteur, il le tourna et la lumière des néons inonda les parois coniques fraîchement blanchies à la chaux, le sol de vieilles chianche couleur crème, astiqué au point de refléter la lumière des néons dans chaque recoin du trullo, un frisson parcourut mes bras et la peau se hérissa, la pièce était très fraîche.

Le pressoir imposant, bien fixé entre les chianche, régnait sur l'espace comme un trône, sur le côté l'érafloir, et le long canal qui traversait le sol pour faire couler le liquide doucereux et parfumé fraîchement pressé dans la citerne en dessous, afin que du moût il devînt vin.

Mon père prit une bouteille de vin, attachée par un nœud coulant au cou depuis la deuxième citerne celle d'eau de pluie, une niche creusée dans l'épais mur, et trois verres ; en sortant il me demanda de fermer le portail de la cantina après avoir éteint la lumière, je montai sur un petit tabouret pour atteindre l'interrupteur puis poussai la lourde porte tandis que les gonds séculaires grinçaient, j'introduisis la grande clé dans la serrure et des deux mains donnai les tours de clé faisant résonner la porte comme de forts coups de feu, puis la tendis à mon père, il la prit, écarta le cordon et le passa à mon cou.

L'air chaud du dehors, comme une couverture de laine, apaisa mes frissons de froid,

Nous nous dirigeâmes vers le petit muret face au vignoble et là mon père posa les verres au pied d'un cep, il était gros et semblait très vieux avec peu de feuilles et quelques grappes, il déboucha la bouteille de vin fait avec des raisins de bianco d'Alessano et verdeca, le versa et le liquide couleur paille clair et limpide se déposa dans les verres, il m'offrit un des verres, c'était la première fois qu'il me donnait le vin non coupé à l'eau, puis prit le sien et nous portâmes un toast aux vendanges. Lui moi et le cep, nous bûmes tranquillement et nous restaurâmes avec des friselle de blé tendre faites par maman, du fromage et des poires.

Tandis que ce nectar frais grattait la sécheresse de la journée et revigorait le corps, mon père prit le verre posé au pied du cep et versa délicatement le contenu sur les racines. "Tu vois, c'est ce premier cep à avoir été planté, et depuis la première récolte ton arrière-grand-père puis ton grand-père et maintenant nous venons le soir avant les vendanges et trinquons avec la terre, parce que nous ne devons jamais oublier que nous faisons partie d'elle."

Le ciel s'assombrissait, le soleil désormais couché lançait ses derniers éclats violets et la lune de plus en plus rouge embellissait le monde.

Le silence du soir était brisé par les cris des oiseaux nocturnes et moi, timidement, j'entrouvris les lèvres et sans m'en rendre compte je murmurai "papa, un jour je ferai ainsi moi aussi avec mon fils".

Mon père me regarda avec un regard profond et doux, esquissa un sourire et m'embrassa sur le front.

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